Jardin à la française bande

conservation

jardinier Un jardin ne s’établit pas n’importe où : il faut un terrain plat (sans quoi les terres seraient ravinées à la moindre pluie), parfaitement ensoleillé, loin de l’ombre et des racines des arbres, proche de points d’eau pour éviter les corvées de transport d’arrosoir et de brouette. Une terre moyenne est toujours recommandable : ni trop acide, ni excessivement calcaire.

Au XVIIIe siècle, la majorité des jardins montréalais sont clos par des murs généralement en bois, parfois en pierre. Cette façon de faire remonte au Moyen-Âge, alors que les jardins devaient être protégés des fléaux, du vandalisme, des voleurs et des bêtes sauvages. Elle est restée courante pendant plusieurs siècles en France et s’est transmise en Nouvelle-France. Chaque jardin bénéficiait ainsi d’un microclimat qui accélérait la reprise de la végétation au printemps et favorisait la culture des arbres en espalier, une technique qui s’épanouit dès la Renaissance.

Pour un jardin de la noblesse, l’impératif esthétique est aussi important que la productivité. Aussi les sections des différents jardins sont généralement bordées avec régularité. Dans le jardin d’aujourd’hui, les bordures sont de ciboulette, de buis et d’hysope. De plus, les jardins français du XVIIIe siècle étaient toujours divisés en carrés, rectangles et triangles bordés par des sentiers et des allées.

La conception du potager obéit à un ensemble de règles logiques et précises. Ce sont les principes agricoles de base qui en déterminent la disposition; par exemple, on fait toujours des rangs d’une seule espèce pour en faciliter l’entretien et les traitements. Ces rangs sont souvent orientés est-ouest pour mieux profiter du soleil et ils sont bien nets et espacés pour que chaque plante puisse s’épanouir. Les plates-bandes ne sont pas trop larges pour qu’on puisse les atteindre facilement à la main, ou alors on dispose de petits sentiers d’accès faits de roches plates. Les allées principales sont en revanche assez larges pour y circuler avec des brouettes ou charrettes quand il fallait amener statue, tonnelle, cadran solaire, etc.

Les cultures sont pour la plupart fugitives : il faut les changer régulièrement et l’alternance permet un désherbage plus efficace et limite le risque de maladies. Les cultures vivaces telles que les asperges, la rhubarbe, l’oseille et les herbes aromatiques sont plantées en permanence, sinon on plante des annuelles (tomates par exemple).Il faut également échelonner certains semis tels les haricots et les petits pois afin d’éviter les corvées d’écossage et les excédents. Pour des raisons d’usure des richesses des sols et de propagation des maladies, il est sage de ne pas planter à la suite des légumes identiques ou apparentés sur une même parcelle. On retrouve ici l’importance de la diversité, avec les idées de succession des espèces, de compagnonnage et d’interchangeage.

Tirer parti des caractéristiques des différentes plantes

Les céleris et les choux sont des plantes gourmandes, très épuisantes, alors que les légumineuses (pois, haricots, fèves) enrichissent le sol en azote. Les melons et les concombres ont toujours été cultivés à l’écart pour ne pas étouffer les cultures moins vigoureuses. Les légumes rapides (laitues, radis) sont plantés au milieu des cultures lentes (choux, carottes).


À l’époque de la Nouvelle-France, on connaît la technique du compostage et on utilise des engrais naturels. Ces engrais sont des fumiers qui peuvent provenir d’animaux très divers (porcs, bœufs, chevaux, poules, dindons, pigeons, etc.), ainsi que des hommes (contenu des latrines).

Les instruments nécessaires pour l’entretien du potager étaient peu nombreux à l’époque de la Nouvelle-France. Pour le travail de la terre étaient utilisées la fourche, la pelle et la bêche. On se

servait aussi de petits outils comme la truelle, ou encore une cuillère ou un couteau pour planter les choux et autres légumes. Le seau de bois était le plus courant pour transporter l’eau et arroser les

plates-bandes, alors que l’arrosoir restait rare et réservé aux plus aisés.

L’entretien du Jardin du Gouverneur aujourd’hui

Les méthodes de lutte contre les insectes, les mauvaises herbes et les champignons sont écologiques et respectueuses de notre environnement. Ainsi, aucun pesticide n’est utilisé : ni insecticide, ni herbicide, ni fongicide. 

Contre les insectes :

  • le rabattage des parties infestées
  • les insectes prédateurs
  • l’utilisation de Savon Safer’s et d’un mélange de savon à vaisselle et de cendres de bois
  • la plantation de végétaux ayant un effet répulsif (ciboulette, hysope).

Contre les infections fongiques:

  • l’infusion de camomille
  • la décoction d’oignon
  • l’arrosage le matin et sans arroser le feuillage.

Contre les mauvaises herbes :

  • l’arrachage manuel
  • le binage régulier du sol
  • l’utilisation de paillis végétal et de copeaux de cèdre.

Par ailleurs, on évite de planter des espèces sensibles aux infections fongiques, aux maladies ou aux insectes et on s’abstient de laisser traîner les végétaux sur le sol.

outils de jardinage Une seule application d’engrais chimique est faite, tôt en début de saison, pour les fleurs ornementales annuelles de la façade et des plates-bandes centrales de l’arrière. Le reste du temps, les engrais utilisés sont : fumure de mouton, compost végétal, enfouissement de paillis, matière végétale mélangée avec des crevettes ou fumure de cheval, vaporisation de purin d’ortie, émulsion d’algues et de poissons. Notons que l’ortie, souvent considérée comme une mauvaise herbe, est en réalité une plante particulièrement précieuse car elle favorise la formation de l’humus et accélère la fermentation des compost et des fumiers. Le purin d’ortie est riche en divers sels minéraux, il se prépare en recouvrant la plante fraîche coupée d’eau puis en laissant fermenter trois semaines. Ce purin enrichit le sol, protège les plantes des maladies et les fortifie.

L’entretien du Jardin du Gouverneur comprend une grande diversité de tâches, effectuées d’avril à novembre par des horticulteurs de la ville de Montréal : nivelage des surfaces, installation des bacs à fleurs, plantation et semis, arrosage, binage et désherbage, épandage de compost, taille de certains arbustes, entretien de la pelouse, vérification de la présence d’insectes pour certains végétaux, récolte, installation des protections hivernales, etc. Voici un aperçu du déroulement de ces activités dans l’année (arrosage mis à part) :

MoisActivités
Avrilsupprimer les protections hivernales
installer les bacs à fleurs et mettre à niveau
amender les herbacées vivaces avec du compost organique
Maipréparation du potager, nivelage des surfaces, épandage de compost organique
plantation d’oignons, choux, poireaux, céleris, melons, concombres …
semis de carottes, mâches, navets, betteraves, radis, épinards, fèves …
supprimer le feuillage des bulbes à floraison printaniers
Juinpour les fleurs annuelles, préparer les lits de plantation et amender avec du compost organique de crevettes ou de la fumure de cheval
Période estivale2e rang de semis d’épinards et laitues, pour une récolte échelonnée
plantation des fleurs annuelles dans les plates-bandes et les bacs
fertilisation des fleurs annuelles
désherbage et binage
taille de formation pour certaines arbustes (ifs, buis …)
supprimer les fleurs mortes chez certains genres d’arbustes (lilas, rosas …)
récolte de légumes
traitements phytosanitaires
Septembrenettoyage des plates-bandes d’herbacées vivaces, par exemple rabattage des parties aériennes
nettoyage, arrachage des fleurs annuelles
Octobrenettoyage du potager (arrachage de toutes les plantations)
plantation de chrysanthèmes d’automne, suivie de la plantation de bulbes à floraison printanière
installation des protections hivernales pour certains végétaux tels que les rosiers grimpants
mise en jauge de thuya en boule
Novembreremisage et nettoyage des bacs